26.09.2011

Le chanteur du Campet

La traverse du Campet, près du pont, abrite la maison d'un auteur-compositeur-interprète dont la majorité des œuvres est en catalan et parle de Sorède, de ses traditions, de son passé, de ses contes et mystères.

DSCF2387.JPGEn effet Yves Pagli, né à Sorède il y a 69 ans, après une carrière de quincaillier à Pigalle commencée à 17 ans, a décidé, en rentrant au pays, de mettre sur le papier les airs et les paroles qui lui trottent dans la tête et bien sûr de les chanter dès que l'occasion se présente.
Son credo était "respirer, boire et manger, lire" maintenant on peut y ajouter "écrire et chanter".

Ne connaissant pas le solfège, il ne peut compter que sur sa mémoire ou depuis peu son dictaphone pour garder ses idées musicales.
Un de ses cousins, Jean-Pierre Corones, de Cabestany, et son groupe musical "Sensation" lui fait maintenant des arrangements et l'accompagne parfois puisque Yves ne joue d'aucun instrument.

chantsDans la trentaine de chansons qu'il a écrites, on y rencontre la grêle qui anéantit une vendange, un moulin à huile maintenant disparu, un hommage lors du décès de sa mère, le souvenir de ses grands-parents dans un Sorède d'antan, l'aventure tragique de la Retirada, le hibou du peuplier du bout du pont …
Habitué du Café poétique d'Argelès, Yves y chante tous les mois et s'efforce d'y amener de temps à autre une nouvelle chanson. On a pu aussi l'entendre sur la radio Arels ou sur France Bleu Roussillon.

Il est toujours difficile de ne choisir qu'un extrait dans une œuvre, encore plus quand il faut une traduction. Mais quand un titre est Sureda, on le prend !

Sureda, Sureda, era el caganiu, Sureda, Sureda, a don tots els estius,
Calor i aigua freda, a bores del riu, Amb cabres i fedes, fein la viu viu
       I Sureda per aqui, i Sureda per alla, I Sureda aixi i Sureda aixa.
Sureda, Sureda, els teus lladoners, I las olivedas a un vent o fred fes,
Aginolls dins las folles emplenaven sistells, Els dits ples d agulles, i el nas de carmell
       I Sureda per aqui, I Sureda per alla, Sureda per vivir, Sureda per cantar
Al moli de l oli, el cariot cargat Portaban, I oliva, que habian ramasat
Sigues Rodonella, Luques o Picholine, Una maravella amb la pell tan fine
       I Sureda per aqui, i Sureda per alla, S eixicava mati qui volia manjar
Una mulla vella, pelada com un rat, Sense ulls sense orelles, als hi han condemnats,
Arrosega la moda de l alba a la nit, Esternuda i tremola pobre cos ferrit
       I Sureda per aqui, i Sureda per alla, El temps ha fugit, tot ha ben cambiat
Els homes lluien d'oli i de suor, Tot com avui brillan sobre la sorra en shorts
Crits, renegs, esbroncadas, ara riallas canços, Parpellas enganxadas per el gel llefiscos
      I Sureda per aqui, i Sureda per alla, I Sureda par aixi, Sureda per aixa
L ugo, I aladino el meu pare i el seu germa, Al moli d'en Cadene solian traballar
En surtin d'escola, anavi a espartimar, De pa torat amb oli, per m'empastifar
      I Sureda per aqui, i Sureda per alla,Tots als que van partir, a Sureda han tornat
Sureda, Sureda, ha calgut anarse, A la capital, la vida es molt garça
Al peu de l'Albera, he tornat venir La meve quimera per viure i mori
     Sureda soc aqui, Sureda puc cantar, Sureda el meu pais de el Neulos a la mar

Eléments de traduction :

Sorède, Sorède, je pissais au lit, Sorède, Sorède, j'étais bien petit,
Près de la rivière, 2 chèvres et 3 moutons, Sans plus de manières, tous nous vivotions.
    Et Sorède par ci et Sorède par là ; Et Sorède com' ci et Sorède com' ça.
Sorède, Sorède, tes micocouliers et tes olivettes, Au vent qui glaçait, à genoux dans les brindilles,
On emplissait des paniers, les doigts pleins d'aiguilles, Et la goutte au nez.
    Moi et tous mes amis, Nous n'aimions pas bien ça Passer nos jeudis A nous geler les doigts
Au moulin à huile, le chariot à ras bord, Nous portions les olives, fruits de tant d'efforts,
Fut-ce la Rodonelle, la Lucques ou la Picholine, Palette de soleil bleue, noire ou violine.
    Et Sorède par ci et Sorède par là, On sautait tôt du lit qu'on le veuille ou pas
Une mule vieille, pelée comme un rat, Sans yeux, sans oreilles, cachée sous un drap,
Fait tourner la meule de l'aube à la nuit, Pathétique aïeule au vieux corps flétri .
    Lorsqu'elle s'arrêtait, on lui tapait dessus. Pauvre bête efflanquée, pauvre bête fourbue
Les hommes enduits d'huile et de sueur, Tout comme aujourd'hui de gel protecteur,
A poil sur la plage, ils n'ont pas idée Quels enfers, quels orages, leurs pères vivaient
    Arc-boutés à la roue qui pressait les tourteaux, L'huile suintait dessous, eux ils suaient en haut
Mon père et son frère, Ugues et Aladino, Au moulin Cadène suaient sang et eau,
Et tous les quatre heures, j'allais savourer Le pain grillé sans beurre, mais dans l'huile plongé
    Bon sang que c'était fort, bon sang que c'était bon, Souvent j'y pense encore, le pain comme un bonbon
Sorède, Sorède, il fallut partir A la capitale pour savoir grandir,
Au pied de l'Albère je suis revenu, Chercher les chimères d'un temps révolu
    Sorède me voici, je sais encore chanter Le ciel de mon pays, la mer et ses sommets

08:05 Publié dans Arts, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chants |  Facebook | |

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